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Ce que j’ai à te dire…

Ecoute, je ne sais pas trop par où commencer.
Qu’est-ce que tu préfères toi ? La bonne ou la mauvaise nouvelle en premier ? Comme je vais faire les deux, autant commencer par la mauvaise. D’abord le sujet qui fâche, et ensuite on se détend… Ok ?

Tu sais, j’ai souvent entendu dire que la nuit, tous les stylos sont pris. Quel bol ce soir-là, alors que j’étais frappée par une violente insomnie, il en restait un de disponible pour moi. Et comme j’avais besoin de te parler, j’ai sauté sur l’occasion…

Bon je ne vais pas tourner autour du pot, il faut que je te le dise : je ne t’aime pas !
Est-ce que tu réalises que t’as foutu un sacré bordel autour de toi ? Depuis que t’as débarqué, le monde entier est devenu fou. Les gens flirtent avec la paranoïa, l’économie s’écroule & je ne te parle même pas de toutes ces familles en deuil qui pleurent un être disparu.. La liste est longue pour une si petite chose que toi, tu ne trouves pas ? Je ne t’aime pas. Pas du tout même. Pour tout ce chaos & toute cette peur que tu sèmes depuis des semaines… Enfin, c’est ce qu’ils disent. Que tout est de ta faute. Qu’avant toi, tout allait bien…

Je ne sais pas si tu réalises la puissance de tes actes, moi, ça me dépasse.

Mais quand même, au milieu de cette guerre que toi seul a déclenché – oui, c’est ce qu’ils disent aussi – , je dois avouer que ta prouesse est incroyable. Tel un projecteur, tu as mis en lumière tous les problèmes de ce bas monde. Bon… c’est vrai qu’avant toi, le monde ne tournait déjà pas très rond. On accumulait les problèmes sans vouloir les affronter. Les yeux rivés sur nos écrans, planqués derrière nos mails & nos réseaux sociaux, on était incapables de regarder plus loin que le bout de notre nez. On était là, les bras ballants, l’air un peu naïfs, à attendre qu’une solution tombe du ciel. On ne faisait que rejeter la faute sur les autres, on se plaignait sans rien faire pour que ça change, on attendait… que quelqu’un… fasse quelque chose. En vain. Mais c’était OK. On se complaisait dans nos petits malheurs. En fait, avant toi, les problèmes n’étaient pas des problèmes. Avant toi, le chaos, la Guerre comme ils disent, tout ça, ça n’existait pas. Et toi, l’air de rien, en débarquant de nul part – tiens d’ailleurs d’où viens-tu ? Parce qu’ils disent qu’ils cherchent encore – tu nous confines, comme des lions en cages. Comme ça, Monsieur décide d’appuyer sur « pause », de nous priver de nos libertés de penser, de bouger, de choisir même ce qui est bon ou mauvais pour nous. Comme ça, tu nous a contraints à tout stopper et même à remplir de notre plein grès une autorisation de sortie, sans réfléchir. Dans un pays où prône la liberté, l’égalité & la fraternité… Drôle de manière. Bref… t’as mis le feu aux poudres. Et une chose est sûre, tu l’as bien fait !

Oui mais voilà… Ta prouesse est incroyable. 

Je ne pensais pas dire ça de toi un jour, mais c’est comme si, indépendamment de ta volonté – ou de la leur ? – tu avais redonné un nouveau souffle au monde entier.

Du jour au lendemain, la planète s’est mise à respirer. Les nuages de pollution se sont dissipés. Les villes se sont vidées, les océans se sont repeuplés. Notre ciel est devenu plus bleu. Nos rivières, plus limpides. Nos forêts, plus calmes. Pendant que les Hommes ont déserté leurs propres quartiers, les animaux en ont pris possession. Petit à petit, le monde s’est réorganisé. Sans nous. Chose incroyable mais vraie, le silence s’est invité dans nos rues. Mais les murs de nos maisons ont repris vie. Et puis… les fleurs ont continué de pousser sans le moindre pesticide. Les arbres ont continué de valser au rythme du vent. Le soleil a continué de briller. La pluie, de tomber. Les oiseaux, de chanter. Les abeilles, de butiner. Le temps ne s’est pas arrêté. Mais nous, oui ! 

La Vie a continué.
Nos vies se sont arrêtées. 

Alors pour essayer de se sentir vivants à nouveau, on a dû réapprendre.
La valeur du temps. La valeur des gens. Soudainement, on a compris le sens du mot Liberté. Plus besoin d’ouvrir un dictionnaire pour trouver la définition, elle est en nous. On a vu des élans de générosité d’un autre temps, on a rencontré nos voisins, redécouverts nos conjoints. On a réalisé que la débrouille et le troc, ça marche bien. Qu’on est capable de cultiver son jardin. Que s’abandonner à un livre ou ne rien faire, ça fait aussi du bien. Certains encore se sont mis à cuisiner, à lire, à dessiner, et d’autres à courir un marathon dans leurs salons.

Du jour au lendemain, les familles se sont (re)formées.
Les enfants ont retrouvés leurs parents. Et les parents se sont occupés de leurs enfants. Le matin, le midi, le soir. Au petit déj, au goûter, au dîner.. Je t’assure, depuis que t’es passé par là, il s’est passé des choses incroyables. Main dans les mains, parents et enfants se sont mis à rêver d’un monde plus beau, à inventer des histoires de super-héros. Ils ont construit des cabanes dans le salon, passés des heures derrière les fourneaux. Depuis toi, ils se nourrissent de sourires et de souvenirs.

Et puis moi dans tout ça, du jour au lendemain…
J’ai vu que mon fils pouvait faire des grasses matinées – et que j’étais aussi capable d’en profiter. Je l’ai observé jouer avec les éléments, faire du vélo, s’émerveiller devant un escargot. Dire 3 mots en anglais, peaufiner son français. Sauter dans les flaques d’eau, et même danser sur Despacito. J’ai découvert comme il aime le monde marin, les poissons, les tortues, les dauphins. Qu’une virée à la boulangerie, chaque matin, s’avère être une aventure incroyable, qu’il y a mille choses à découvrir en chemin. Que les arbres, les fleurs & les oiseaux sont une source inépuisable d’émerveillement. Qu’il est indépendant et fier de l’être, mais qu’un câlin, ça fait toujours du bien. Qu’il a un appétit de géant, que tous les fruits du monde sont des bananes et que son dessert favori, c’est bien la compote pomme-vanille. J’ai compris que le bain du soir est un événement aussi important que de manger son porridge au petit-déjeuner. Qu’il adore enfiler ses bottes de pluie, qu’importe qu’il fasse soleil ou gris. Je l’ai vu s’occuper de mille façons et aussi s’ennuyer. Rires aux éclats et pleurer parfois. Et tout ça, un peu grâce à toi.

Du jour au lendemain, tu as offert au monde entier une chance de se racheter, de réfléchir & de changer. Comme ça, sur un plateau d’argent, tu nous as fait don d’un bien précieux : du temps. Trop pour certains. Pas assez pour d’autres. Il y a ceux qui ont su en profiter ; et ceux qui s’en plaignent encore. C’est tant mieux, ou tant pis. Bref, chacun sa vie !

Quoi qu’il en soit, je me demande ce qui t’a pris de faire ça, t’aurais quand même pu nous prévenir, nous lancer des petites alertes, avant de décimer autant de vies.. Je me demande aussi ce qu’il se passera le jour d’après. Si la prise de conscience sera bien là. En masse et universelle. A quelques jours du dé-confinement, je suis comme tout le monde, je ne suis  plus sûre de rien, sauf peut-être d’une chose : que plus rien ne sera comme avant.

Il t’aura fallu 55 petits jours pour bouleverser à tout jamais notre existence. Pour le meilleur ou pour le pire ? Cette fois encore, tu nous laisses toutes les cartes en main pour décider d’une réponse collective.

Est-ce là, notre dernière et unique chance de choisir le monde dans lequel nous voulons vivre demain ? Et si après toi, la prochaine maladie était la maladie du bonheur ?
Et si, au milieu de ce chaos, tu avais simplement remis les pendules à l’heure ? 

A méditer…

 

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